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A la Villa Régina, l'âme de la Belle Époque subsiste encore

A la Villa Régina, l'âme de la Belle Époque subsiste encore

La Belle-Époque s'invite sur les hauteurs d'Arcachon

Accrochées aux murs du grand salon, les photographies anciennes racontent l'histoire de la Ville d'Hiver, cette partie haute d'Arcachon qui s'est développée à la fin du XIXe siècle comme pendant à la Ville d'été.

Passionnée par l'histoire de sa ville, Marion Langlois, qui travaille à la réception, transmet volontiers aux visiteurs ses connaissances et les anecdotes qui ont marqué la Villa Régina.

Il n'existe que très peu d'écrits sur l'histoire de la Villa Régina, pourtant Marion Langlois a de quoi tenir en haleine les visiteurs qui s'y intéressent. « A l’accueil, on vous raconte volontiers cette histoire et de nombreuses photographies d'époque en témoignent », se réjouit ainsi Sylvie sur le blog Le coin des voyageurs (www.lecoindesvoyageurs.fr).

"A l’accueil, on vous raconte volontiers cette histoire et de nombreuses photographies d'époque en témoignent".

Du sanatorium au lieu de villégiature

« Ville aux 4 saisons », Arcachon s'est d'abord développée autour de son front de mer. 

La Ville d'Été, axée sur les bains de mer, voit le jour au milieu du XIXe siècle. Son pendant hivernal se déploie en 1863 sous l'impulsion des frères Pereire, deux industriels qui font construire la ligne de chemin de fer depuis Bordeaux, permettant ainsi aux voyageurs de l'Europe entière d'atteindre Arcachon.

L'idée était de vanter le bon air d’Arcachon pour lutter contre la tuberculose et toutes les maladies respiratoires.

Au départ, une trentaine de chalets sont construits pour accueillir des malades. Rapidement, les chalets sont transformés en villas afin d'accueillir toute la famille.

Peu à peu, la Ville d’Hiver sort de terre comme un vaste sanatorium à ciel ouvert destiné à accueillir l’aristocratie européenne. 

 

 

Des styles contrastés

La Ville d'Hiver est désormais un complexe de 300 villas classées. « On peut distinguer trois types de villas, indique Marion Langlois. Les villas « hygiénistes », qui comportent un sous-sol semi-enterré destiné à abriter des salles d'eau ; les villas « fofolles », très décorées et de styles très différents, destinées à se faire remarquer ; enfin, les « modestes », beaucoup plus sobres, construites pour y vivre à l'année. »

La Villa Régina date de 1881 et se caractérise par son style Art déco. 

Il s'agissait au départ d'un petit établissement nommé le Grand Hôtel de la Forêt et ne comportant que la partie centrale. Deux ans plus tard, avec la venue de nombreux Anglais, il devient le Grand Hôtel de la Forêt et d'Angleterre et se voit paré d'une nouvelle aile. Bientôt, une troisième aile, équipée d'un ascenseur hydraulique, vient lui donner l'apparence qu'il a aujourd'hui. Il prend alors le nom de Régina Palace Hôtel.

Le Casino Mauresque et le belvédère

La Ville d'Hiver se développe autour de son Casino Mauresque, joyau de la Belle Epoque idéalement situé au sommet des dunes de la Ville d'Hiver, offrant ainsi une vue imprenable sur la Ville d'été et le Bassin d'Arcachon.

« Le casino n'existe plus car il a brulé, mais les photos montrent que c'était un très beau bâtiment », souligne Marion Langlois. Manifestement influencé par l'architecture arabe, on écrivit plus tard qu'il était inspiré de l'Alhambra de Grenade et de la Mosquée de Cordoue.

Le Parc Mauresque entourant le casino abrite un kiosque à musique et le théâtre de verdure San Carlino, où se jouent des spectacles et des représentations enfantines.

En 1913, un funiculaire est construit à l'extrémité du parc, permettant de passer rapidement de la Ville d'Hiver à la Ville d'Été. Il est remplacé en 1948 par un ascenseur, qui subsiste encore aujourd'hui.

L'observatoire de Sainte-Cécile, qui culmine à 25 mètres et offre un panorama sur tout le bassin d'Arcachon, constitue l'autre construction emblématique de la Ville d'Hiver.

Des hôtes de marque et une voiture à chenille

A cette époque, l'hôtel accueille de nombreux hôtes de prestige venus du monde entier : les grands Ducs de Russie, des Radjahs, les peintres Monet et Cézanne, le poète François Coppée... Mais aussi le constructeur automobile André Citroën.

L'anecdote sur ses voitures à chenilles résonne encore dans les couloirs de l'hôtel

« En septembre 1921, un étrange convoi en provenance de Paris et à destination d'Arcachon traversa les rues de Bordeaux, écrit Gilbert Dandreau dans son Histoire des Sapeurs-Pompiers d'Arcachon (1858-1974).

Il s'agissait de trois automobiles équipées du propulseur à chenilles Kégresse-Hinstin que Citroën, qui venait de  reconvertir ses usines de guerre du quai de Javel dans la construction automobile, désirait expérimenter dans les sables des dunes de Gascogne.

André Citroën démontrera les étonnantes possibilités de son matériel en faisant gravir l'escalier de l'Hôtel Régina. »


De son côté, Marion Langlois raconte que lorsque la voiture est entrée dans l'hôtel, elle a roulé jusqu'au fond du grand salon actuel, paré de parquet et de très beaux tapis.

Mais n'ayant pas la place de faire un demi-tour, les 8 personnes qui étaient à son bord ont dû la porter pour la remettre dans le sens de la sortie !

 

 

Le déclin de la Ville d'Hiver

Le Régina Palace Hôtel ferme ses portes en 1943. Il est transformé en résidence de luxe pour personnes âgées, avant d'être reconverti en thermes, puis à nouveau laissé à l'abandon. En 2000, Vacances Bleues en fait l'acquisition et le transforme en résidence touristique. Quant au Casino Mauresque, il disparaît dans un incendie le 18 janvier 1977.

« On dit que c'est peut-être le propriétaire lui-même qui aurait déclenché l'incendie, ne supportant pas le déclin de son établissement », confie Marion Langlois. Seul demeure aujourd'hui le parc, transformé en arboretum en 1992.

« en pénétrant dans l'hôtel, on a la drôle d'impression de changer de siècle. L'âme de la belle époque est toujours présente... »
 

L'âme de la Belle Epoque

Aujourd'hui, l'esprit de la Belle Epoque est encore perceptible à la Villa Régina.

La façade de l'établissement, avec son escalier central et ses couleurs vives, reste inchangée.

Dans le grand salon, un plan de l'hôtel dessiné par l'architecte Jules de Miramont est exposé.

Comme le témoigne encore Sylvie sur le Coin des Voyageurs :

« En pénétrant dans l'hôtel, on a la drôle d'impression de changer de siècle. L'âme de la belle époque est toujours présente... ».

La ville aux 4 saisons


Printemps, été, automne, hiver : à Arcachon, chaque saison a son quartier.

La Ville d'été, à l'origine du développement de la station, est sur le front de mer. La Ville d'hiver se trouve sur les hauteurs, à 5 minutes de la plage par l'ascenseur ou l'ancien funiculaire.
La Ville de Printemps, initialement fermée, était le domaine des Frères Pereire. Enfin, la Ville d'automne, quartier des pêcheurs, se situe au niveau du port.